La Maison du Conte se trouve au cœur d’enjeux sociétaux d’envergure : relier à travers les récits les hommes, les cultures et les territoires et redonner tout son poids et sa valeur à la parole ; une préoccupation partagée avec les artistes « Maison » avec lesquels s’inventent des projets solidaires d’intérêt général ; des projets qui s’adressent à tous les publics, avec un axe fort autour de la jeunesse, des tout-petits aux adolescents, mais également aux adultes, qu’ils soient amateurs néophytes ou confirmés.

Une attention particulière est portée à ces publics précaires ou en difficulté pour lesquels le conte et l’oralité ouvrent un autre accès au monde et à eux-mêmes, dans le cadre de collaborations avec des partenaires du champ social ou de la santé.
Ateliers conte, collectage… autant de façons de nourrir l’imaginaire et la créativité, réveiller des mémoires communes, donner la parole à ceux et celles qu’on entend peu, créer la rencontre et par là-même modifier notre regard sur l’autre.

En 19-20 : Des glaneuses et des glaneurs
Avec l’Hôpital de jour Paul Guiraud – Villejuif

À l’image du travail mené par Agnès Varda, l’idée est d’emmener de jeunes adultes en situation de fragilité, à glaner la poésie du réel et par là-même à modifier leur regard sur leur environnement quotidien.
À travers de courts plans-séquences saisis avec un simple téléphone portable, chaque glaneur·se partira en quête d’un évènement incongru, d’un moment rare ou d’un simple petit rien qui résonne pour chacun, qui le touche, l’amuse, l’interroge. Dans le cadre d’ateliers d’écriture orale, ils déposeront ensuite de la parole sur ces images collectées. Ils broderont ensuite cette parole et cette image.
L’ensemble de ce projet sera accompagné par Fred Pougeard qui a mené de nombreux projets de collectages de paroles contemporaines et travaille à coudre l’imaginaire et le Patrimoine. Il sera associé à Rym Debbarh-Mounir, monteuse son et créatrice sonore.

Ça s’est passé

En 2018/19 : ITEP le Côteau – Vitry-sur Seine

Histoires en partage : traversées de l’imaginaire, de l’oral à l’écrit
Projet mené par les conteuses Delphine Noly et Florence Desnouveaux.

Avec le soutien de la DRAC-Ile-de-France et l’ARS.

De 2003 à 2013 : Maison d’arrêt – Fresnes

La Maison du Conte c’est associée à la Maison d’arrêt de Fresnes pour concevoir et mettre en œuvre des projets autour du conte et de l’oralité destinés aux détenus hommes et femmes. Basés sur des rencontres, des ateliers et des racontées, les interventions ont été portées par différents conteurs tels que Pépito Matéo, Jacques Combe, Marien Tillet, Christèle Pimenta, Julien Tauber, Valérie Briffod… ; chacun y puisant une énergie et un élan bien particulier pour construire son parcours et se remettre en question face à l’autre.

Le 20 mai 2010, Jacques Combe revenait à la Maison d’arrêt pour présenter Vétéran(s) aux détenus du Centre National d’Évaluation, lieu de passage obligé des “longues peines” en France. Pendant un an, le conteur a présenté son spectacle aux différents groupes de détenus, puis animé une série d’ateliers pour rencontrer, échanger, croiser les paroles et les regards.

 « Quel est ce grain de sable qui a fait un jour pencher la balance de la justice, et qui fait qu’aujourd’hui ils sont “dedans” et nous “dehors” ? Finalement c’est souvent l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette qui nous sépare, eux et nous…

À chaque fois, raconter en prison c’est comme une “échappée belle” que nous faisons ensemble eux et moi. Et on ne peut rester indemne de cet échange-là… ni eux, ni moi.

Ces moments-là sont pour eux comme “des fenêtres aux barreaux”, une fenêtre ouverte sur un espace imaginaire qui nous est commun. Voilà notre vraie richesse à tous, celle qui nous relie les uns aux autres !

Cela rend possible, à l’intérieur même de la prison, d’oublier avec eux les murs qui nous entourent, pendant le temps que dure l’atelier conte.

Ces rencontres sont pétries de leur humour, d’un certain recul sur la vie carcérale et de la vie tout court. Elles sont remplies aussi de leur pudeur ainsi que de leur tendresse qui souvent viennent montrer le bout de leur nez. En retour, j’y mets toute ma bienveillance, mon écoute, mes histoires et mon amour du genre humain. Je tente à chaque fois d’offrir ce qui constitue le meilleur de moi-même.

Eux aussi, certainement. Car sans oublier tout à fait les raisons probables qui les ont amenés à écoper de longues peines (15 ans au moins), j’ai toujours en face de moi des hommes qui m’offrent la meilleure part d’eux-mêmes.

Des instants d’humanité, comme des respirations au milieu d’un monde clos. »

Jacques Combe